Une évolution majeure mais incomplète

La réforme de la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) 2025 marque un tournant important dans la reconnaissance des compétences professionnelles. Grâce à la mise en place de la plateforme France VAE, le processus de certification a été largement simplifié, rendant la VAE plus accessible aux candidats. Toutefois, si cette évolution permet de fluidifier les démarches administratives et d’accélérer les délais d’obtention d’un diplôme, elle présente également un revers significatif : l’absence d’un dispositif d’orientation neutre et indépendant.

Jusqu’à présent, les candidats souhaitant obtenir une certification par la VAE pouvaient s’appuyer sur un service de conseil dédié. Ce dernier leur permettait de mieux comprendre les possibilités qui s’offraient à eux et de choisir judicieusement la certification correspondant à leur parcours et à leurs ambitions professionnelles. Avec la suppression de ce service, les candidats doivent désormais naviguer seuls dans un écosystème complexe, ce qui peut conduire à des choix inappropriés et, dans certains cas, à des abandons en cours de procédure.

La fin du conseil indépendant : un frein à l’égalité des chances

L’un des objectifs de la réforme VAE 2025 était de rendre la certification plus accessible et d’en démocratiser l’usage. Cependant, en supprimant le service d’orientation gratuite, elle introduit une inégalité de traitement entre les candidats.

Désormais, les seules solutions alternatives pour être accompagné sont les services proposés par les organismes certificateurs eux-mêmes, ou bien par des structures privées payantes. Cette situation pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, les organismes certificateurs ont un intérêt direct dans l’inscription des candidats, ce qui peut biaiser leur orientation. Ils peuvent encourager certaines certifications plutôt que d’autres en fonction de leurs propres objectifs commerciaux, sans toujours tenir compte de la pertinence pour le candidat. Ensuite, les services d’accompagnement privés, bien que souvent très efficaces, restent financièrement inaccessibles pour une partie des candidats, en particulier les personnes en reconversion ou en situation précaire.

Ainsi, loin de favoriser l’inclusion et l’égalité des chances, la réforme risque au contraire d’exacerber les écarts en matière d’accès à la certification. Ceux qui disposent de ressources ou d’un réseau professionnel solide pourront s’orienter plus facilement, tandis que les autres pourraient se retrouver sans soutien, limitant leurs chances de réussite.

Un dispositif perfectible pour une reconnaissance plus équitable

Pour pallier ces lacunes, plusieurs pistes d’amélioration pourraient être envisagées. Tout d’abord, il serait pertinent de réintroduire un service d’orientation indépendant, qui ne soit pas lié aux organismes certificateurs. Ce service pourrait être public, ou assuré par des structures associatives bénéficiant d’un financement dédié. Il permettrait d’accompagner tous les candidats, quel que soit leur niveau de connaissance du dispositif, et de garantir un conseil VAE neutre et objectif.

Ensuite, il pourrait être envisagé d’intégrer un module d’orientation obligatoire dès le début du parcours VAE, permettant à chaque candidat de mieux comprendre ses options avant de s’engager dans une démarche parfois longue et exigeante. Cet accompagnement pourrait prendre la forme d’un entretien initial, de ressources pédagogiques en ligne, ou d’ateliers collectifs animés par des experts en orientation professionnelle.

Enfin, une meilleure sensibilisation des entreprises et des employeurs à la VAE pourrait également contribuer à faciliter l’accès à ce dispositif. En encourageant les entreprises à soutenir leurs salariés dans cette démarche, notamment en finançant des accompagnements ou en accordant des aménagements de temps de travail, il serait possible de compenser partiellement l’absence de service d’orientation publique.

Vers une réforme plus inclusive

Si la réforme VAE 2025 a le mérite de simplifier l’accès à la certification et de le rendre plus fluide, elle laisse néanmoins de côté un élément clé : l’accompagnement des candidats dans leur choix de parcours. Or, la reconnaissance des compétences ne se limite pas à l’obtention d’un diplôme, elle repose aussi sur la capacité des individus à choisir la voie qui leur correspond le mieux.

Pour garantir l’efficacité du dispositif et éviter qu’il ne profite qu’à une partie des candidats, il est essentiel de réintroduire un accompagnement adapté et accessible à tous. Ce n’est qu’à cette condition que la VAE pourra réellement jouer son rôle d’outil de promotion sociale et professionnelle, au service de toutes et tous, sans distinction de ressources ou de réseau.